Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Belfast. Silence, on coule !

Publié le

Belfast, capitale de l’Irlande du Nord et épilogue de nos vacances irlandaises. Et pourtant, c’est là que tout aurait du commencer.

Flashback. Lors de la programmation de nos vacances, en début d’année, il était convenu que nous arriverions en Irlande vers le 10 juillet et ferions une première partie urbaine en visitant soit Dublin soit Belfast puisque c’est dans ces villes que les ferries venant d’Angleterre arrivent. Le week-end suivant le 12 juillet étant un week-end de fête dans certaines communes (plus exactement dans certains quartiers de certaines communes) d’Irlande du Nord, cela aurait pu être une bonne idée d’y assister. Petit détail, ces fêtes portent le nom de défilés Orangistes. On se renseigne : où aller, à quoi cela ressemble… Puis on change nos plans. Les Orangistes commémorent par ces défilés la victoire du roi protestant Guillaume III sur le roi catholique Jacques II lors d’une bataille le 12 juillet…1690 !!!

Si dans certaines communes ce sont effectivement des défilés populaires et bon enfant, dans la plupart des autres, il s’agit ni plus ni moins que de défilés identitaires et provocateurs, généralement suivis de violences. Donc pour éviter d’avoir une image biaisée, on préfère décaler l’Irlande du Nord à la fin de notre séjour et être très au sud lors des défilés.

Bien nous en auras pris puisque le défilé de Belfast aura été suivi d’une bonne semaine de violences et d’incidents divers. Heureusement pour nous quand nous visitions la ville, la situation est redevenue (presque) calme :-).

Premier passage à Belfast le 25 juillet. Que faire en premier ? Centre-ville, musées, port ? Rien de tout cela, direction Belfast Ouest. Qu’y faire d’autre qu’un exercice de géopolitique urbaine « pour de vrai » ? Car si Belfast est la capitale très protestante de l’Irlande (du Nord) depuis que les colons anglais et écossais s’y sont installés au XVIIème siècle, la révolution industrielle a bouleversé sa géographie urbaine. Grand port puis siège d’importantes usines textiles, la ville a eu d’importants besoins de main d’œuvre attirant à elle des immigrants de toutes confessions venus de toute l’Irlande dans ses usines et son chantier naval. Si les usines n’existent plus, les quartiers eux sont toujours présents avec une très nette séparation entre quartiers catholiques et quartiers protestants.

Nous démarrons notre exploration par le quartier protestant dont l’épicentre est Shankill Road. Quartier aujourd’hui paupérisé au taux de chômage élevé, tout comme ses homologues et voisins catholiques de Falls Road et d’Ardoyne.

Grâce à notre plaque d’immatriculation française, nous pouvons circuler sans craintes (heureusement que nous n’avons pas loué une voiture à Dublin) avant de nous garer sur le parking du Shankill Leisure Center.

La première chose qui saute aux yeux, c’est bien sûr la profusion de drapeaux britanniques, de portraits de la reine et de drapeaux nord-irlandais. Pas de doutes, nous sommes bien dans l’un des fiefs des unionistes. Quartier qui a développé un sentiment de camp retranché, coincé entre les 2 quartiers catholiques de Falls Road au sud et d’Ardoyne au Nord, avec souvent la mention No Surrender taguée sur les murs.

Belfast. Silence, on coule !
Belfast. Silence, on coule !Belfast. Silence, on coule !

La pauvreté est également marquante tant dans la piètre qualité des maisons que dans la multiplication des friches ou des magasins fermés (par contre, le commerce de souvenirs unionistes semblent florissant vu le nombre de boutiques existantes).

Belfast. Silence, on coule !

En déambulant dans la rue principale, nous découvrons plusieurs "murals" à la violence plus ou moins contenue !

Belfast. Silence, on coule !Belfast. Silence, on coule !
Belfast. Silence, on coule !Belfast. Silence, on coule !
Pas vraiment un mural, mais cela méritait bien une photo !

Pas vraiment un mural, mais cela méritait bien une photo !

Nous ne nous écartons pas de l’axe principal de Shankill, d’une part parce que les petites rues perpendiculaires sont glauques et d’autre part parce que celles vers le sud sont quasiment toutes sans issue. Sur toute la longueur de Shankill, seuls 2 grands axes perpendiculaires permettent de rejoindre Falls Road.

Moins de 500 mètres, mais un autre monde : pas de ligne de bus entre les 2 quartiers, 2 centres de loisirs distants de moins de 500 mètres et surtout, 2 énormes portes qui permettaient de séparer physiquement les 2 communautés.

Belfast. Silence, on coule !

Entre les 2 portes, un long mur et un no man’s land.

Belfast. Silence, on coule !

Et oui, moins connu que celui de Berlin, Belfast avait son mur. Et l’a toujours. Aujourd’hui, les portes sont ouvertes, le mur est appelé « mur de la paix », mais on sent que la situation n’est pas prête d’être normalisée, qu’à tout instant les lourdes portes peuvent être refermées sur le fragile équilibre qui existe aujourd’hui.

Belfast. Silence, on coule !
Belfast. Silence, on coule !Belfast. Silence, on coule !

Certaines parties de ce long mur sont destinées à recevoir les messages d’espoir. Malheureusement, hormis des fresques réalisées par les écoles ou quelques associations, ce ne sont quasi que des touristes qui viennent ici. Les rares locaux qui s’aventurent à l’extrémité de leurs quartiers respectifs hâtent le pas, sans doute pour se réfugier et se protéger « chez eux ».

Belfast. Silence, on coule !Belfast. Silence, on coule !

Nous franchissons donc la porte qui sépare les deux mondes… Pourtant, c’est, socialement, un copier-coller du précédent avec le même type de petites maisons, cité ouvrière défraîchie. Pourtant, on se sent un peu plus à l’aise. Sans doute a-t'on développé un prisme irlandais assez fort, mais ici le marquage identitaire est moins apparent, plus subtil. Il y a certes quelques petits drapeaux irlandais de-ci de là, mais rien de comparable à Shankill.

Là aussi nous tomberons sur un jardin du souvenir. Mais il est plus optimiste, plus coloré, moins dans le ressentiment et la « vengeance ».

Belfast. Silence, on coule !

Idem pour les maisons dont le petit terrain n’est plus caché derrière de hauts murs. Les murets ont ici une taille normale, on retrouve quelques fleurs.

Les "murals" sont moins martiaux. On y célèbre ceux qui se sont battus pour la cause républicaine, comme ici Bobby Sands.

Belfast. Silence, on coule !

Ou des pages de l’histoire de ces quartiers lors des Troubles. Ce "mural", dans les rues du quartier d’Ardoyne, rend hommage aux Black Taxis qui, dans les périodes de fortes tensions communautaires, continuaient à desservir ces quartiers alors que les transports publics gérés par la ville avaient cessé depuis longtemps cette desserte.

Belfast. Silence, on coule !

Mais actuellement, la plupart des "murals" de Falls Road ont une résonance internationaliste et les thèmes purement irlandais sont mis un peu de côté.

Belfast. Silence, on coule !Belfast. Silence, on coule !
Belfast. Silence, on coule !Belfast. Silence, on coule !
Belfast. Silence, on coule !

De retour à Shankill, on récupère la voiture intacte (heureusement que l’on n’avait pas encore acheté notre drapeau irlandais...) puis on se dirige « au pif » vers Ardoyne, autre quartier catholique mais un peu plus au nord. Contrairement à Shankill/Falls Road qui sont physiquement séparés, il n’existe pas de telle séparation entre Shankill et Ardoyne, tant est si bien que d’une rue à l’autre on passe des drapeaux britanniques aux drapeaux irlandais.

Avec un tel enchevêtrement, pas étonnant que les troubles soient nombreux dans ce quartier qui porte encore les signes de la dernière manifestation orangiste. Car bien évidemment, dans un souci d’apaisement et de respect entre les communautés, les orangistes continuent à vouloir défiler dans ce quartier majoritairement catholique. Cette année, la police les en a empêché. Bilan : plusieurs jours de violences et environ 70 policiers blessés. Si la situation était redevenue calme plusieurs jours avant notre visite, la tension était encore palpable aux abords du poste de police. Plusieurs véhicules blindés légers et des policiers lourdement protégés pour encadrer 2 adolescentes qui faisaient le pied de grue avec leur gigantesque drapeau britannique.

A la vue de notre volant à gauche, un policier nous adressera un grand sourire, décelant sans doute en nous les touristes en quête d’aventures.

Après cette visite d’une partie de ce Belfast réel, il ne nous reste plus beaucoup de temps pour aller dans les « vrais » quartiers touristiques, du coup on remet cela à la fin de séjour. On ira juste faire un tour rapide dans le parc qui abrite entre autre le jardin botanique, une roseraie et le musée d’art (qui ferme à 17h), puis on lève le camp après une journée hyper intéressante. Après plusieurs milliers de morts de part et d’autres et 15 ans après les accords du Vendredi Saint, on sent bien toute la fragilité de cette ville. Chaque communauté vit encore en vase clos, repliée sur elle-même face à des voisins qu’elle perçoit comme agressifs et dangereux pour sa propre survie. On imagine qu’à tout instant les choses peuvent déraper et les violences repartir. Et la présence toujours aussi imposante dans la géographie urbaine du mur de la paix, des portes et du no man’s land démontre que le pire est toujours possible.

Lorsque nous revenons à Belfast, la météo est maussade. Sans doute parce que c’est le dernier jour de vacances ! Ce soir nous prenons le ferry. Il est donc logique que nous allions au musée du … Titanic. Franchement, lorsque l’on est touriste, il vaut mieux ne pas être superstitieux.

Musée du Titanic donc. Déjà, c’est étrange qu’une ville célèbre avec autant de fastes et de fierté un navire insubmersible qui a coulé, mais bon, passons ce petit détail. Musée très récent à l’architecture surprenante situé dans le quartier fraichement rénové du port.

Belfast. Silence, on coule !

Prix d’entrée assez élevé, musée très fréquenté mais cela en vaut la peine. Le parcours est linéaire et progressif. « L’explosion » industrielle de Belfast et de ses chantiers navals permet une mise en contexte de cette « folie des grandeurs » qui gagnera les armateurs au début du XXème siècle (et éclaire la situation politico-sociale de la Belfast de 2013). Le travail des ingénieurs-concepteurs et des milliers d’hommes qui ont construit ce bateau est ensuite reconstitué. Nous naviguerons (haha) ensuite à l’intérieur du paquebot aménagé : cabines, organisation cloisonnée des parcours entre les 3 classes d’occupants, menu (miam-miam) avant de prendre la mer avec les passagers ayant embarqué à Southampton, Cherbourg et Queenstown (Cobhn) avant de « suivre » les derniers moments du bateau.

Les dernières parties de la visite sont consacrées aux conséquences de ce drame sur la navigation et les nouvelles réglementations et à la recherche puis la découverte de l’épave.

Quelques petits jeux permettent de démonter quelques idées reçues (non, l’orchestre n’a pas continué à jouer « plus près de toi mon Dieu » pendant que le bateau coulait) tandis que l’inévitable chanson de Céline Dion nous casse les oreilles !

Bref, chouette musée pour lequel il faut prévoir une bonne demi-journée si l’on veut bien en profiter.

Pas rassasiés d’aventures maritimes, nous avons enchaîné par la visite de la cale-sèche dans laquelle a été construit le Titanic, la plus grande du monde à l’époque. Une bien belle piscine de 260 mètres de long !

Belfast. Silence, on coule !

Notre visite du centre ville sera réduite au minimum, moins de 2 heures en tout et pour tout. En même temps, il n’y a pas grand-chose à faire. Quelques rues piétonnes qui deviennent vite glauques lorsque l’on s’éloigne du centre et quelques friches qui montrent que la ville est seulement en train de reconquérir son centre ville.

Le bâtiment de l’hôtel de ville est plutôt joli avec son petit parc et ses statues.

Belfast. Silence, on coule !

Evidemment, ces statues-là ne sont pas en permanence dans le parc, ou alors nous avons raté un (gros) épisode de l’histoire de Belfast !

Belfast. Silence, on coule !
Belfast. Silence, on coule !

Nous terminons notre courte promenade urbaine par les rives de la rivière Lagan. Son Big Fish.

Belfast. Silence, on coule !

Et sa statue bizarre du Queen’s Bridge.

Belfast. Silence, on coule !

18 heures, il nous faut partir pour ne pas risquer de rater le ferry ! Ferry dans lequel nous serons (presque) seuls en cette fin de jeudi après-midi, ce qui nous permettra de manger tranquillement notre poulet curry avec vue sur une mer agitée. Ouf, pas d’iceberg à l’horizon !

Commenter cet article