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Derry. Ne m'appelez plus London...

Publié le

La 2ème ville d’Irlande du Nord aura droit à une double visite. En effet, notre premier passage lors de notre migration vers la côte d’Antrim nous avait laissés sur notre faim, n’ayant eu le temps de visiter les musées.

Donc le 1er passage. Lorsque l’on arrive en ville, la première mission est de trouver l’office du tourisme pour récupérer un plan de la ville. A peine sortis du parking que nous sommes accostés pour faire une visite guidée en bus touristique. Non merci !

Première étape, faire le tour de la ville fortifiée. Surnommée The Walled City, Derry est la seule ville de Grande-Bretagne à avoir conservé intactes ses fortifications. Le chemin de rond sur lequel nous marchons permet de bien observer les quartiers situés à l’extérieur des remparts.

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A peine montés sur le chemin de ronde, que nous pouvons observer les premiers "murals" (peintures politiques faites sur les murs) ici, dans un quartier (très) unioniste immédiatement situé à l’extérieur des fortifications.

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Quelques centaines de mètres plus loin, nous dominons le quartier du Bogside. Panorama saisissant sur ce quartier-ghetto dans lequel était reléguée la population catholique de la ville. C’est ici que se sont déroulés quelques-uns des événements les plus marquants et les plus sanglants des « Troubles » du conflit nord-irlandais. Quelques photos de loin pour saisir la géographie et observer de loin les premiers "murals" puis nous y descendons.

Derry. Ne m'appelez plus London...
Derry. Ne m'appelez plus London...

A la différence des quartiers unionistes où les Union Jack et drapeaux d’organisations paramilitaires clandestines sont omniprésents, ici l’attachement à la cause irlandaise et républicaine est plus discrète et plus intérieure. Sans doute les conséquences de dizaines d’années de discrimination à l’encontre de ces populations. Quelques drapeaux irlandais par ci par là, quelques tags « IRA », mais surtout du recueillement et du souvenir, que ce soit avec le H mémorial (en hommage aux volontaires morts des suites de grèves de la faim) ou le monument commémorant le Bloody Sunday (30 janvier 1972).

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Les "murals" du Bogside sont des peintures réalisées pour commémorer les événements qui se sont produits ici ou pour rendre hommage aux républicains. Peintures esthétiques et effrayantes de réalisme qui en quelques secondes font prendre conscience de plus de 30 années de luttes.

Mural hommage à Annette McGavigan, jeune fille de 14 ans, 100ème victime des Troubles, tuée par un soldat britannique en 1971 alors qu’elle ramassait des pierres pour un projet scolaire.

Mural hommage à Annette McGavigan, jeune fille de 14 ans, 100ème victime des Troubles, tuée par un soldat britannique en 1971 alors qu’elle ramassait des pierres pour un projet scolaire.

Derry. Ne m'appelez plus London...Derry. Ne m'appelez plus London...
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Les prisonniers décédés en prison (dont Bobby Sands) lors de leur grève de la faim en 1981. Héritage des années Thatcher.

Les prisonniers décédés en prison (dont Bobby Sands) lors de leur grève de la faim en 1981. Héritage des années Thatcher.

The Petrol Bomber. Une des images les plus fortes. Un jeune homme s’apprêtant à lancer un cocktail Molotov sur les soldats nord-irlandais du RUC (Royal Ulster Constabulary) lors de la bataille du Bogside (1969)

The Petrol Bomber. Une des images les plus fortes. Un jeune homme s’apprêtant à lancer un cocktail Molotov sur les soldats nord-irlandais du RUC (Royal Ulster Constabulary) lors de la bataille du Bogside (1969)

Nous revenons dans la ville fortifiée, continuons notre promenade sur les remparts puis descendons à l’hôtel de ville fraîchement rénové et rouvert que nous avions pris pour une église, puis nous rendons au bord de la rivière Foyle pour voir le pont de la paix. S’il est majestueux de loin et en vue aérienne, de près, ses courbes ne ressortent pas, donc pas de photos !

Lorsque nous terminons notre tour de rempart, il est déjà temps de repartir. Mais c’est décidé, nous reviendrons nous instruire dans les musées.

[Entre ces crochets, 8 jours se sont écoulés]

Mercredi 31 juillet, nous voici donc de retour à Derry. Depuis notre passage, l’emblématique mur « You are now entering Free Derry » qui était masqué par une affiche a repris du service (dans une version parrainée par un festival de musique celtique). Nous pouvons donc le voir et même le toucher… ce que je n’aurais peut-être pas du faire, cela m’aurait évité d’avoir de la peinture blanche sur moi (cela fera toujours un souvenir).

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Ces péripéties passées, nous nous dirigeons vers le Musée de Derry Libre. Tout petit musée : 2 galeries de 50 mètres de long dans lequel nous passerons plus de 2h30 ! Nous ne sommes pas rapides… 2 parties distinctes : l’histoire de la revendication des droits et le Bloody Sunday.

Première partie très instructive retraçant l’historique de la « ghettoïsation » du Bogside, l’émergence du combat en faveur des droits dans les années 60 et les premiers troubles et leur intensification à la fin des années 60-début 70.

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Ils atteindront leur paroxysme le 30 janvier 1972 avec le Bloody Sunday, lorsque 14 civils manifestants seront tués par les paramilitaires britanniques. Appuyée par les objets d’époque, cette partie de l’exposition est très concrète et personnelle : gilet troué par une balle, caméra d’un homme qui filmait la manifestation tué de plusieurs balles (la vidéo qu’il tournait ce jour-là est diffusée dans l’exposition), mouchoir blanc taché de sang… et manuscrit de la déposition d’un père ayant perdu son fils lors de la manifestation qui décrit les événements tels qu’il les a vécus.

Murals des 14 jeunes gens tués le 30 janvier 1972 lors du Bloody Sunday

Murals des 14 jeunes gens tués le 30 janvier 1972 lors du Bloody Sunday

L’ensemble est complété par un espace multimédia très complet mais malheureusement pas organisé, donc on passe d’une année à l’autre et d’un événement à l’autre sans lien ni remise en contexte. Dommage car il y a des documents très intéressants. Et très émouvants comme ce long diaporama dressant le portrait de toutes les victimes (quel que soit leur « camp ») des Troubles du Bogside et de Creggan (le quartier jumeau du Bogside).

Après cette visite aussi émouvante qu’essentielle, nous n’avons plus le temps de faire correctement l’autre musée de Derry, le Tower Museum, car l’après-midi nous voulions aller à l’Ulster American Folk-Park situé à 45mn au sud de Derry, près d’Omagh.

La route nous offre encore la traversée de quelques villages bariolés et nos premières gouttes de pluie de la journée.

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Chouette, comme le Folk Park est un musée en plein air, cela va être sympa ! Nous y arrivons un peu après 14h, ce qui nous laisse du temps pour la visite.

Parc qui retrace la vie des émigrés (nord) irlandais du XVIII et XIXème siècle de part et d’autre de l’Atlantique. La première partie du parc est faite de maisons réelles et de maisons des environs reconstruites. Très bien fait, on peut rentrer dans les maisons dont tout est resté d’époque (sauf la nourriture qui est, heureusement, en plastique). Dans certaines, nous sommes accueillis par des « vrais gens » qui nous racontent l’histoire des occupants de la maison ou nous expliquent le métier.

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Surprenant lorsque l’on ne s’y attend pas ! Ecole, forgeron, poste, temple, ferme, petites boutiques… toutes les composantes de l’Irlande rurale du XIXème siècle y sont…

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…Même le port d’où les émigrants s’embarquaient pour le Nouveau Monde. C’est à l’intérieur de ce bateau que nous effectuons la transition entre les deux mondes du parc, toujours dans les pas de ces émigrants irlandais de différentes époques et de différentes conditions sociales.

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Même principe côté américain. Une rue reconstruite avec banque, magasin général et magasins spécialisés puis maisons et fermes de l’espace rural.

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Dommage que le temps exécrable de l’après-midi ait un peu gâché notre visite et fait fuir les touristes car en se retrouvant seuls dans les rues, nous avions vraiment l’impression d’être observateurs et non pas la sensation d’être immergés dans l’époque comme cela devrait l’être.

Revenus au centre d’accueil, on commence la visite des expositions avant de se faire virer. 17h, l’heure de la fermeture, apparemment anticipée vu le faible nombre de visiteurs.

C’est sous des trombes d’eau que nous repartons pour notre dernière nuit de vrais vacanciers aux environs de Belfast.

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